Les conférences

1. L’ÉMANCIPATION AU CŒUR DES PRATIQUES FREINET À L'ÉCOLE : un processus continu de transformation de soi.

-  par le labo de recherche coopérative de l'ICEM  -

Mardi 22 août et mercredi 23 août - 11h à 12h30

 

  L’école actuelle se veut émancipatrice. Mais elle ne fait que proposer de « meilleures  solutions » aux élèves pour les arracher à leurs déterminismes : le partage des savoirs entre ignorants et savants, entre dominés et dominants, entre possédants et exclus. Dans ses instructions officielles, elle double même cette proposition par la conquête d’un libre exercice de la pensée critique et de l’autonomie. Mais, dans les faits, sous prétexte de délivrer des savoirs universels, elle enchaîne l’élève à sa responsabilité personnelle et évalue ainsi son mérite. L’émancipation est alors présentée  de façon  assez naïve et pleine de bons sentiments : il suffit de faire appel au bon vouloir des élèves et à leur courage.
Cela reste du paternalisme consistant à affirmer : « Je vais te libérer de tes déterminismes et de ton ignorance parce que je sais ce qui est bon pour toi ». Cela reste un présupposé rationaliste de l’émancipation qui ne doit pas faire oublier des expériences négatives telles que la honte de soi, l’humiliation ressentie devant l’incompréhension du langage scolastique, le mépris social qui découlent de ce partage de savoirs. C’est  alors oublier la constitution intime des sujets en tant qu’acteurs autonomes confiants, c’est-à-dire oublier la confiance qu’il faut aux élèves pour entrer dans un langage qui n’est pas le leur.

  C’est croire en cette capacité magique qu’auraient les individus  de se désaliéner d’emblée des méfaits des conditionnements de toutes sortes : le consumérisme, l’assouvissement immédiat des désirs, la toute-puissance, le manichéisme, les idées toutes faites, la morale toute faite, l’entreprise de crétinisation de certains médias et de certains « jeux » qui érigent en dogme  la paresse intellectuelle, l’image dégradée de la femme, … la liste est longue.

  L’émancipation, pour nous, se caractérise par la réappropriation que le sujet fait de son corps,  de sa puissance d’agir et de penser, de son  langage,  pour sa propre libération.  Cela doit passer, pour les élèves et les enseignants, par la capacité à remettre en cause certaines évidences pour eux, revisiter leurs croyances et leurs choix pratiques. L’émancipation est alors  un processus continu de transformation de soi et non une conversion à des normes et à un ordre établi.  Ce processus ne peut  se réaliser seul. Comment pourrait-on remettre en cause ses croyances premières sans se confronter aux autres, sans l’aide d’un groupe ?

  Le problème est donc le suivant : Existe-il des pratiques éducatives qui permettent de transformer réellement les élèves sans pour autant les manipuler ? Existe-t-il des dispositifs assez ouverts pour ce projet et  qui ne cèdent en rien à l’ambition de faire penser et apprendre tous les élèves ensemble ?

  En partant de situations de classe réelles, vidéos et travaux d’élèves, nous allons tenter de montrer que les pratiques de la Pédagogie Freinet proposent  des solutions  mais aussi que ces solutions ont des limites dans le cadre institutionnel de l’école.

LRC - ICEM Pédagogie Freinet

 

 

2. ÉCOLE DE LA COMPÉTENCE OU ÉCOLE DE L’ÉMANCIPATION ?

-  par Nico Hirtt  -

Jeudi 24 août - 9h à 10h30

 

  Depuis une vingtaine d’années, les milieux économiques internationaux encouragent des changements importants dans les politiques éducatives : décentralisation,  dérégulation, compétition entre établissements, flexibilité, management entrepreneurial… L’une des évolutions les plus marquantes est l'orientation sur des objectifs de compétences plutôt que de connaissances ou de savoir-faire. Parallèlement, la notion de qualification cède la place à celle d’employabilité. Cette orientation sur les compétences a trouvé, particulièrement dans le monde francophone, une traduction pédagogique : « l'approche par compétences » (APC). Dans sa contribution, Nico Hirtt analysera les mécanismes économiques et sociaux responsables de ces évolutions. Il montrera  en quoi l’APC, loin d’être héritière des pédagogies socio-constructivistes comme elle le prétend, tourne le dos à la construction du savoir et, plus généralement, à toute conception émancipatrice de l’éducation.

 

 

3. QUAND UN SYNDICAT ÉTAIT UN MOUVEMENT PÉDAGOGIQUE

-  Gaëtan Le Porho  -

Jeudi 24 août - 11h à 12h30   >   suivi d'un atelier - 16h à 17h30

 

  Dans les années 1920 et 1930, les militants et militantes de la Fédération unitaire de l'enseignement ne se contentaient pas de défendre les intérêts des personnels, ils et elles voulaient transformer l'école « capitaliste ».  Ils et elles voulaient, au-delà de la défense de leurs conditions matérielles, mettre en pratique une pédagogie émancipatrice au service du changement social. Ils et elles voulaient former des individus capables de constituer une société juste et solidaire et s'appliquaient à rechercher théoriquement, expérimentalement les conditions pour rendre possible cette éducation. Partant de leurs écrits dans les différentes publications de la FUE : L'École émancipée et ses différents suppléments dont L'Émancipation ; les Éditions de la jeunesse ou encore la Nouvelle histoire de France, Gaëtan Le Porho met en avant l'engagement à la fois syndical et pédagogique des syndicalistes révolutionnaires jusque dans les années 1930. Cette étude, au travers de nombreuses citations, nous amène à réfléchir sur la nécessaire contribution des enseignant et enseignantes d'aujourd'hui, par leur réflexion et leurs pratiques, à la mise en place d’une éducation et d’une société émancipatrices.

 

 

 

4. PÉDAGOGIE SOCIALE

Vendredi 25 août - 9h à 10h30

 

  Depuis la fin du XXème siècle, nous assistons au déclin, mais aussi à la clôture des institutions sociales et éducatives, que ce soient sous l'effet de politiques économiques, ou de réorientations stratégiques, politiques et éducatives.

  Dans  un tel contexte le mouvement  qui pouvait auparavant apparaître comme une évolution certes lente , mais irrépressible vers des formes éducatives et pédagogiques plus libérales s'est considérablement éteint, ou complexifié. Les enfants et familles des classes populaires , en particulier subissent des institutions scolaires, éducatives et sociales de plus en plus punitives et répressives à leur égard.

  Pour les professionnels sociaux, et éducatifs , il est de plus en plus difficile de faire le grand écart entre ce qu'ils peuvent ressentir et comprendre des besoins et conditions de vie de leur public, et les exigences, normes et cultures professionnelles qui s'imposent dans leur champ d'activité et leurs institutions. Le travail auprès de ces familles et de ces enfants suppose aujourd'hui une véritable rupture par rapport à ces logiques , qui a  des implications à tous les niveaux pour ceux qui s'y risquent. Il est important dans un tel contexte de repérer , définir et comprendre les  nouvelles bases sur lesquelles il est à la fois possible et nécessaire d'ancrer des pratiques pédagogiques et émancipatrices , aujourd'hui.

  La Pédagogie sociale, comme la Pédagogie Freinet  propose justement une voie d'appropriation et de prise de pouvoir de l'ensemble des acteurs éducatifs , vis à vis des institutions qui les étouffent.

 

  A partir de cette rupture initiale, les relations, les statuts, les rôles sont irrémédiablement modifiés et changent de sens:

- la logique de distance professionnelle se renverse en logique de proximité
- les séparations professionnels / usagers sont bouleversées et  deviennent des relations d'alliance,
- les notions de programmes, projets, contrats, évaluations, sont remplacées par d'autres formes d'organisation susceptibles de produire de l'énergie sociale et des transformations immédiates des contextes et conditions d'existence.

 L'objectif de la conférence sur la Pédagogie sociale est de présenter ce changement de  point de vue, ses conditions et de l'illustrer par des présentations de pratiques des différents acteurs du Chantier de Pédagogie sociale du Mouvement Freinet.